Tutoriel citoyen pour le site du RIP

Dans le cadre du lancement de la première initiative sur la plateforme du RIP, différents bugs et problèmes ont été remontés. En tant qu’ancien architecte technique du projet, j’ai fait le choix de rédiger ce tutoriel qui, je l’espère, participera à aider nos concitoyens qui souhaitent s’exprimer à mieux prendre en main l’interface, et ses comportements.

Certains problèmes ayant été remontés lors de la soumission d’un soutien sur mobile, j’ai fait le choix de réaliser ma soumission sur mon téléphone plutôt que mon ordinateur : j’ai réussi à mené au bout la procédure, en utilisant un iPhone SE, sur Firefox.

Accéder au site web

https://www.referendum.interieur.gouv.fr/

Exprimer son soutien à une initiative

Accéder à la liste des initiatives

Cliquez successivement sur les liens de navigation :

Propositions ouvertes
  • Cliquer sur le lien en bleu pour accéder au texte de la proposition publiée sur le site de l’Assemblée Nationale (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre / onglet suivant les paramètres de votre navigateur).
  • Cliquer sur le bouton Soutenir des initiatives pour accéder au formulaire.

Il est donc possible d’accéder directement au formulaire de choix des intiatives directement grâce au lien profond ci-dessus.

Etape 1 — Choisir une initiative à soutenir

Déposer un soutien
Soutien liste
Soutien choix

L’interface est similaire mais attend un comportement plus actif de la part du Citoyen : choisir explicitement l’initiative qu’il souhaite soutenir.

Actuellement, une seule initiative est ouverte, le choix est donc simple.

  • Cliquer sur le lien en bleu pour accéder au texte de la proposition publiée sur le site de l’Assemblée Nationale (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre / onglet suivant les paramètres de votre navigateur).

Nous vous engageons à suivre le parcours complet et lire le texte de la proposition de loi avant d’exprimer votre soutien. C’est le rôle de chacun•e de s’exprimer en Citoyen•ne éclairé•e.

  • Cliquer la case à cochez de l’initiative à soutenir, puis
  • Cliquer sur le bouton Suivant pour accéder au formulaire.

Si vous êtes un peu technique, vous observerez que les valeurs des données de session stockées dans votre navigateur (pour des raisons de sécurité, les valeurs sont cryptées) sont modifiées lors de la soumission : le lien profond /soutien/etape-2 vers le formulaire de soutien est donc inutilisable.

Il n’est donc pas possible de se tromper d’initiative, et accéder directement à un formulaire de soutien sans avoir préalablement accès au texte concerné : ce qui est une bonne chose.

Etape 2 — Remplir le début du formulaire de soutien

Les données ont naturellement été floutées pour des raisons de protection des données personnelles.

Formulaire en-tête
Formulaire description

Concernant le lieu de vote : il s’agit du lieu où vous êtes inscrits sur les listes électorales, à date de remplissage du formulaire.

Il apparaît que la base référentielle de la liste électorale tient compte des dernières mises à jour opérées lors de la mise à jour automatisée de la liste électorale avant les dernières élections européennes.

Formulaire bureau de vote

Concernant la commune de vote : il s’agit bien du Code commune de l’Insee et non pas le Code postal de la Poste. Le code qui apparaît entre parenthèse n’est donc probablement pas le code auquel vous êtes habitués.

Pour rappel :

  • Il n’existe qu’un seul Code Commune par commune, mais il est possible que plusieurs Codes Postaux existent sur une commune donnée lorsque celle-ci est grande, et que plusieurs bureaux distributeurs sont nécessaires pour la couvrir.
  • Il arrive aussi qu’un seul Code Postal couvre plusieurs communes, car un seul bureau distributeur est nécessaire à la Poste pour couvrir plusieurs communes.

Vous devez absolument sélectionner la valeur dans le menu déroulant et ne pas vous contenter de rédiger complètement le nom de votre commune : sinon, vous aurez une erreur.

Concernant votre nom : pour éviter les erreurs liées à la présence ou non d’accents, ou de tirets, le mieux est de prendre la carte électorale sous les yeux et recopier ce qui est enregistré le plus docilement possible. Un contrôle strict / exact est opéré.

Formulaire identité

Pour ceux que cela surprend : oui, il est possible en France de ne pas disposer de prénom, seul le nom de famille est obligatoire 🙂 On trouve alors la mention spc parfois utilisée pour sans prénom connu lorsque le champ prénom est paramétré comme obligatoire.

Concernant le lieu de naissance, plusieurs sources font référence, la principale étant tenue par l’Insee. Mais par exemple, dans les TOM, ce n’est pas l’Insee qui maintient le référentiel : cela complexifie ces menus déroulant.

Par ailleurs, ces champs s’appuient sur des données qui tiennent compte de l’historicisation du territoire national : certains Citoyens sont nés en France, à Alger avant son indépendance. Normalement ces situations sont prises en compte et ne doivent pas donner lieu à un bug.

Formulaire continuer
  • Cliquer sur Suivant pour accéder à la suite du formulaire

Etape 3 — Remplir la fin du formulaire de soutien

Formulaire en-tête
Formulaire description

La mention concernant le type de justificatif d’identité est significative : il est important de rappeler que l’interface web n’est pas obligatoire pour exprimer son soutien à une initiative.

Cette expression peut-être faite :

  • au travers d’un Cerfa déposé dans la mairie la plus proche, ou bien
  • auprès d’un agent habilité dans les mairies les plus peuplées du canton, garantissant ainsi une proximité raisonnable.

Cela vaut aussi pour les français de l’étranger qui peuvent se rendre dans les Consulats où le réseau du Ministère des Affaires Étrangères est utilisé pour garantir la libre expression des Citoyens, y compris lorsque les connexions Internet intérieures du pays n’apportent pas les garanties suffisantes.

Formulaire justificatif
Formulaire validation

On voit que le formulaire impose de disposer d’une adresse e-mail : celle-ci est utilisée pour envoyer un message de confirmation lorsque l’expression de soutien est définitivement enregistrée (cette notion est explicitée dans la suite de ce tutoriel).

Se rendre compte à cette étape que l’on ne dispose pas d’une adresse e-mail peut constituer une cause d’abandon : pourtant, contrairement à la pièce d’identité, cette contrainte n’est pas précisée dans la description présente au début du premier écran du formulaire.

  • Cliquer sur Valider le soutien pour accéder à l’écran de confirmation.

Etape 4 — Confirmer la soumission de son soutien

Récapitulatif en-tête

Comme il se doit, pour tout formulaire web français qui donne lieu à une décision significative (achat, ou bien ici expression citoyenne), il y a une page de récapitulation avant soumission / confirmation du contenu du formulaire. Il est encore possible de modifier les valeurs du formulaire.

Récapitulatif début
Récapitulatif fin
Récapitulatif rappel formel
Récapitulatif validation

Un Captcha est présent avant validation du formulaire. Il participe aussi à rendre plus formelle la phase de validation.

D’un point de vue strictement technique, et sous réserve de confirmation par des experts, cette version de Captcha est assez ancienne et est considérée comme résolvable par certains robots.

Par ailleurs, il peut poser problème sur le plan de l’accessibilité : aucune alternative sonore n’étant fournie.

A l’opposée, les dernières générations de ReCaptcha sont toutes motorisées par les serveurs de Google : ce qui constituerait en soi un problème sur un formulaire relevant d’une prérogative électorale des citoyens français.

Confirmation de la soumission du soutien

Confirmation en-tête
Confirmation message

A cette étape, il est extrêmement important de cliquer sur Télécharger le récépissé en pdf, et sauvegarder vraiment ce fichier.

En effet, ce document sera nécessaire comme preuve de dépôt d’un soutien pour toute réclamation auprès du Conseil Constitutionnel : et, contrairement à ce que l’on peut imaginer, l’e-mail de confirmation n’est pas envoyé immédiatement après soumission avec lien vers le récépissé en pdf, voire avec le pdf en pièce jointe. Le courriel de confirmation ne sera en réalité envoyé qu’après enregistrement définitif de l’expression de soutien.

A minima, le numéro de récépissé est nécessaire pour pouvoir y accéder ultérieurement, mais avoir une trace complète est préférable.

Confirmation pdf
Confirmation récapitulatif
Confirmation fin
  • Le lien Retour à l’accueil marque bien la fin de la procédure.

Il est alors possible de fermer le navigateur et passer à autre chose.

Nous allons poursuivre ce tutoriel afin d’explorer les procédures de contrôle.

Récépissé

Voici un exemple de récépissé généré au format PDF.

Récépissé pdf

Consultation des soutiens déposés

Consultation en-tête
Consultation liens

Comme on peut le voir, il est possible de rechercher son dépôt :

Nous allons faire l’exercice de la demande de récépissé.

Quant au formulaire passant par l’identification d’une personne, l’aide en ligne précise :

Merci de consulter ce formulaire avant toute réclamation, dans les deux cas suivants :

– Votre nom apparaît dans la liste publique des soutiens mais vous n’avez pas déposé de soutien

– Le nom d’une personne dont le soutien ne vous semble pas recevable apparaît dans la liste publique des soutiens

Ce qui est notable, c’est le fait qu’il est nécessaire de disposer d’un très grand nombre d’informations sur la personne pour pouvoir utiliser ce formulaire, tous les champs étant obligatoires. Ceci s’explique par les risques d’homonymie pour les noms de familles les plus courants, et le fait que cet outil est destiné précisément à discriminer des situations ambigües.

Dans ce contexte, étant donnée la précision nécessaire à user dans le remplissage des champs (que l’on a pu observer dans le formulaire de dépôt), l’utilisation de ce formulaire est probablement difficile dans le cas de la première démarche signalée (vérifier pour soi). Il semble d’autant plus anecdotique dans le second cas d’usage proposé (vérifier pour une autre personne).

Consultation par récépissé

Juste après avoir soumis son expression de soutien, et avoir téléchargé son récépissé, on peut légitimement s’attendre à ce que le contrôle de l’enregistrement soit affirmatif.

Sauf que…

Consultation récépissé en-tête
Consultation récépissé numéro
Consultation récépissé captcha
Consultation récépissé en-tête

En réalité, lorsque le formulaire est soumis, un message est créé et encrypté, pour être stocké dans un logiciel de gestion de file : ceci est bien plus performant qu’un traitement immédiat et permet de s’assurer qu’une violente montée en charge liée par exemple à la mobilisation de dernière minute (comme lors du dernier jour de déclaration des impôts) ne génère pas un goulot d’encombrement qui cause des pannes de service.

Des tâches simples de contrôle et validation doivent être opérées : ce sont elles qui permettent de passer d’un récépissé de dépôt, à un enregistrement définitif de l’expression de soutien. Il s’agit par exemple de s’assurer qu’un•e Citoyen•ne donné•e ne s’exprime qu’une seule fois sur une initiative donnée.

Dans ce contexte, un engagement de confirmation de traitement est soumis à un délai pouvant aller jusqu’à cinq jours. Il n’est donc pas anormal en soi, que la consultation faite rapidement après soumission du formulaire retourne cette réponse négative.

Sauf que…

Nous ne sommes pas du tout dans une phase où une infrastructure dimensionnée pour pouvoir absorber une part significative de 10% minimum de l’électorat français se verrait débordée par la montée en charge.

Plusieurs heures plus tard, aucun mail ne confirmation n’est arrivé, et la consultation par récépissé persiste à témoigner d’une absence d’information.

Ceci n’est pas normal, et interroge sur le fait de savoir si les traitements de backend ont été activés, ou bien si seuls les serveurs web n’auraient pas été activés.

En tout état de cause, les soutiens devant être validés dans les cinq jours, et le début de recueil ayant débuté le 13 juin, les premiers traitements devront avoir été effectivement validés et les courriels de confirmation reçus avant le 18 juin au soir.

Consultation des listes de soutiens

  • Un premier écran permet d’accéder à la liste des initiatives.
Consultation liste en-tête
Consultation liste bouton
  • L’accès se fait en cliquant sur le bouton Consultation.
Consultation liste en-tête
Consultation liste première lettre

En cliquant sur l’initiale, on accède à une liste de second niveau qui permet de limiter le nombre de résultats afin de limiter la pagination, ainsi qu’à améliorer les performances des requêtes.

Consultation liste seconde lettre

En phase avec l’absence de réponse de la consultation par récépissé, la soumission n’apparaît pas.

Plus étonnant sur le plan statistique, aucune soumission n’apparaît sous les lettres A et B. Sans avoir pour autant pu prendre le temps de parcourir l’intégralité des lettres sur deux niveaux, la page RU ne présente toujours aucune soumission alors que le député François RUFFIN a déclaré à l’Assemblée Nationale avoir tenté de soumettre son expression de soutien dès le premier jour de la consultation. Ceci rejoint les remarques faites plus haut concernant la mise en service des traitements.

Procédures de recours

Réclamations

La page Réclamations énonce :

Vous avez un numéro de récépissé mais vous ne trouvez pas votre nom dans la liste des soutiens

– Au terme du délai de cinq jours dont dispose le ministère de l’intérieur pour valider votre soutien après enregistrement sur le site internet, étendu à sept jours en cas d’enregistrement par un agent communal ou consulaire, votre nom ne figure pas dans la liste publique des soutiens. Vous pouvez déposer une réclamation en cliquant ici

Votre nom apparaît dans la liste publique des soutiens mais vous n’avez pas déposé de soutien

– Votre nom apparaît dans la liste publique des soutiens et vous avez vérifié avec la fonction de recherche (lien) qu’il s’agissait bien de vous. Cependant, vous n’avez pas déposé de soutien à cette proposition de loi référendaire : vous pouvez déposer une réclamation pour demander le retrait de votre nom de cette liste en cliquant ici

Vous souhaitez signaler un soutien qui ne paraît pas recevable

– Le nom d’une personne dont le soutien ne vous semble pas recevable apparaît dans la liste publique des soutiens et vous avez vérifié avec la fonction de recherche (lien) qu’il s’agissait bien de cette personne. Vous pouvez déposer une réclamation pour demander le retrait de son nom de la liste en cliquant ici

Autres cas de réclamation

– Vous souhaitez déposer une réclamation pour un autre motif. Cliquez ici

Recours

La page Recours énonce :

En cas de rejet de votre réclamation par la formation composée de trois membres désignés par le Conseil constitutionnel, vous pouvez déposer un recours auprès du Conseil constitutionnel. Celui-ci est recevable dans une période de 10 jours à compter de la prise de connaissance de la décision qui vous a été communiquée par courriel.

Formes du Recours

Le formulaire du Recours précise :

Afin de renseigner votre recours, vous devez vous munir des éléments suivants :

– le numéro de récépissé qui vous a été communiqué lors de votre dépôt de réclamation

– les versions numérisées recto et verso de l’une des deux pièces justificatives suivantes ou à défaut de leurs photocopies :

– carte nationale d’identité

– passeport

Vous serez invité à renseigner votre adresse de messagerie ou à défaut votre adresse postale pour recevoir la notification de la décision qui sera apportée par la formation à la suite de votre requête.

RIP — De quoi s’agit-il ?

Pour un peu de contexte, voici deux liens fondamentaux qui permettent de rappeler en quoi consiste un Référendum d’Initiative Partagée :

Pour un peu de contexte d’actualité

Voici le résultat de la requête référendum d’initiative partagée adp sur Google, le 15 juin 2019, elle illustre à la fois la large couverture de l’évènement et la diversité des traitements :

France Insoumise vs République En Marche - le hiatus de la CivicTech à la française


Les Partis sont Morts, Que Vivent les Mouvements !

L’ère des Partis politiques a pris fin le soir de la primaire de droite qui sonna le lancement du grand chamboule-tout. Cette structure qui a fait vivre la vie politique française depuis le XIXe siècle a disparu sous nos yeux pour laisser la place à des Mouvements. Ces Mouvements ne sont pas à confondre avec les mouvements sociaux du XXe siècle qui ont longtemps échoué faute de réussir à se structurer durablement.

La France Insoumise (LFI) et La République En Marche (LREM) incarnent naturellement le mieux cette nouvelle structuration. Alors que la direction des Partis politiques guidaient les masses vers un meilleur destin plein de promesses pour demain, la direction des Mouvements politiques se doit de rester à l’écoute et à pour rôle essentiel de donner une incarnation.

  • En refusant d’appeler à voter pour Emmanuel Macron au second tour des Présidentielles, Jean-Luc Mélenchon a acté cette soumission : prendre toute autre position le condamnait à voir la cohésion des LFI disparaître, et le 3e tour des Législatives perdu d’avance.
  • De son côté, toute la campagne d’Emmanuel Macron a été structurée autour d’une offre construite collectivement durant de longs mois : à l’heure d’une démocratie où les campagnes se gagnent en alliant profilage Big Data, et quadrillage conversationnel du terrain, se couper d’une force d’évangélistes engagés le condamnerait, demain, à la même incapacité que son prédécesseur à déployer son programme.

LFI et LREM illustrent bien le hiatus de ces nouveaux Mouvements. Le premier a privilégié les moyens et l’incarnation du collectif, quand le second s’est attaché à formuler une réponse en s’appuyant sur l’intelligence collective. Deux capacités nouvelles qui ont émergé depuis le tournant du siècle et la diffusion des outils et méthodes issues de la dernière Révolution Industrielle, celle des Savoirs.

Alors que ces dernières années ont vu se développer des outils de conquêtes fortement favorables aux cadres politiques, les CiviTech (technologies au service des citoyens) encore balbutiantes doivent être renforcées pour rééquilibrer les conversations et s’assurer que le travail des élus du Peuple reste à la fois compris et maîtrisé par ceux qui leur délèguent ces missions.


L’outillage au Service du Projet

LFI et LREM ont fait le choix d’outils différents pour répondre à des objectifs prioritaires différents eux aussi, privilégiant respectivement moyens et résultats. Ce choix d’outillage est aussi le reflet d’une culture politique : l’héritage de Podemos pour LFI, les enseignements d’Obama et du Lean Startup pour LREM.

La Quête du Bon outil

LFI, le Collectif avant tout

LFI a privilégié Discord et YouTube. Pour vectoriser son programme, il s’appuie sur « les gens » et des accords politiques historiques plus traditionnels.

Discord

Discord est une plateforme privée à usage gratuit construite pour répondre aux besoins conversationnels des Gamers. A ce titre, elle est nécessairement performante et fiable car il s’agit d’une communauté extrêmement exigeante techniquement. Ce choix témoigne de la culture Geek très présente au cœur des équipes digitales de LFI.

Les principales fonctionnalités et usages utilisés par LFI sur Discord sont les Forums où tout se construit de manière horizontale, la mise à disposition d’images militantes prêtes à être partagées sur les réseaux sociaux (melenshak.fr), et une revue de presse.

De nombreux forums sont privés où il faut être identifié pour pouvoir les rejoindre.

Un mode de connexion IRC est disponible : l’utilisateur choisit un identifiant disponible, sans création de compte, ni garantie d’être disponible plus tard quand il reviendra. Mais les usages sont alors assez limités. L’utilisation de l’application est fortement recommandée. La création d’un compte en ajoutant une intégration à Twitter permet par exemple l’envoi en un clic d’un tweet / retweet de messages pré-formatés : ce qui explique l’extrême dynamisme de LFI sur les réseaux sociaux.

La contre-partie de l’usage de cette plateforme est la conservation extensive des conversations et des traces comme sur tout autre forum. Ce qui peut être problématique au sens des données personnelles et de l’identification des intervenants au travers d’une analyse Big Data désormais techniquement maîtrisée par les grandes Agences à travers le monde.

YouTube

LFI s’est fait remarqué par son usage mieux maîtrisé que d’autres concurrents de la plateforme vidéo de Google.

On peut notamment retenir les chaines officielles qui ont été lancées :

  • Place au Peuple, la chaine de JML
  • Radio Insoumise sur YouTube
  • La France Insoumise

Les Gens

En utilisant le terme le plus neutre possible, et non-valorisant / non-dévalorisant, qu’est « les gens », LFI a affirmé son désir de privilégier une reconnaissance des individus et leur capacités simples et quotidiennes, alors même que le PCF et le PS ont longtemps nommé « la base » leurs légions de militants.

Ce travail sémantique est clé car il expose la relation assumée entre la direction et les « militants » … qui reste un vocabulaire marqué par l’ère des Partis. Temps où ceux-ci étaient de bons petits soldats qui attendaient les orientations.

Le respect des gens est désormais la condition incontournable pour espérer que le discours soit relayé et défendu sur le terrain : car seul un discours dans lequel « les gens » se reconnaissent sera valablement transmis, défendu et évangélisé auprès des autres citoyens. Sans « les gens », LFI redeviendra une cabine téléphonique (le Parti de Gauche) ou un cluster de cabines téléphoniques (le Front de Gauche).

Structure Politique historique

LFI est le fruit et reste dans la logique d’une coalition de partis traditionnels. La tension récurrente entre JLM et la direction du PCF, qui a eu un point d’orgue lors du conflit sur la marque LFI à la veille des Législatives, illustre bien la situation de LFI qui garde un pied dans l’ancien monde — mais qui ne sera véritablement à l’aise dans ses relations que lorsque ses partenaires auront aussi réussi à évoluer à leur tour.

LREM cherche la Disruption

LREM de son côté a choisi de construire un site web sur mesure (stack Symfony) qui est enrichi à mesure que les besoins émergent. Pour la communication entre les membres, le choix de Telegram a été fait, et comme la plupart des autres acteurs du secteur depuis le précédent Sarkozy, il ambitionne de devenir un média. LREM ne s’appuie pas sur « les gens » mais plutôt sur « la société civile », et semble poursuivi par la certitude qu’il faut faire autrement.

Telegram

Telegram est similaire à Discord en cela qu’il s’agit de l’une des applications reconnues pour sa qualité et sa fiabilité à l’échelle globale. Né en Russie avec une préoccupation de garantie de la sécurisation des échanges, dans un contexte d’opposition politique, il est caractérisé par un haut niveau d’encryptage… et donc notamment utilisé par ceux (Agences de sécurité) qui en demandent désormais la limitation sous couvert de lutte contre le terrorisme.

Pour autant, ce ne sont pas les fonctionnalités les plus poussées de sécurisation qui sont utilisées. Les utilisateurs de LREM utilisent essentiellement des groupes et super-groupes pour les échanges internes : ils sont stockés sur les terminaux des utilisateurs — mais aussi pour les super-groupes sur des serveurs centraux orientés optimisation où les données sont encryptées de bout en bout.

Les données sont ainsi mieux sécurisées mais l’outil est plus orienté conversations que coordination. Comme pour LFI, les conversations peuvent donc être fortement segmentées et dispersées.

Devenir un Média

Au-delà des espaces conversationnels, LREM monte en puissance sur un outillage Broadcast. Les plateformes privilégiées sont les leaders : Facebook, Twitter. D’autres réseaux sociaux devraient suivre.

La communication Broadcast est de plus en plus intégrée et embarquée : le travail sur les photos de campagne, et les vidéos des meetings témoignent de cette préoccupation.

Comme pour LFI, il s’agit de réussir à communiquer sur des formats plus longs que ceux des médias journalistiques et permettre de maîtriser le Master d’un document ou d’un évènement en cas de conflit d’interprétation. Le combat contre les phénomènes de Fake News est ainsi intégré à la stratégie globale en amont.

La Société civile

La « société civile » est l’un des nombreux memes qui ont rythmé la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. Au-delà du travail des « Marcheurs » (équivalent des « Gens » de LFI), il s’agit de donner une nouvelle composition aux incarnations politiques que LREM souhaite valoriser. La geekmania qui se développe autour de Cédric Villani illustre le rôle important de cette société civile qui participe activement à recruter des talents qui n’ont jusque-là jamais pris part activement à la vie des Partis.

Par-delà le rôle réel et quotidien au gouvernement ou ailleurs, cette « société civile » constitue bien à la fois un message et un média.

Changer à Tout Prix

LREM semble enfin marqué par l’idée qu’en cas de doute, il faut faire autrement (pas nécessairement le contraire…) que ce qui a été fait jusque-là. Au surplus, si on doit finir par refaire comme avant : ils sauront pourquoi.

Parmi les marqueurs clés des Partis qui ont échoué de manière fiable et récurrente au fil des décennies et que LREM souhaitent voir contournés, on peut notamment retenir le manque de parité et la présence des baronnies. L’architecture hiérarchique est aussi amplement suspecte, même si les réflexes acquis résistent à la mise en place de nouveaux paradigmes… comme dans le reste de la société et de la plupart des entreprises.

Face à cette volonté de proposer de nouvelles approches, beaucoup d’inquiétudes s’expriment. Le plus souvent de la part de ceux qui sont potentiellement les premiers bénéficiaires. La gestion du changement est un « défi immense » (autre meme LREM…) d’autant plus vertigineux qu’il s’agit d’embarquer des membres que l’on ne connaît pas et qui arriveront ou partiront comme bon leur semble, sans nécessairement dire merci ou au revoir — et qui rejoindront possiblement un mouvement concurrent dans une semaine ou trois années.

Séduction et rétention sont donc les enjeux principaux qui permettront demain à LREM de réussir à déployer son programme avec le soutien des citoyens — ou pas.

Cultures & Héritages

De Podemos à Obama, les héritages politiques venus d’ailleurs sont significatifs. L’influence est aussi très présente à la LREM.

L’héritage de Podemos

La Périphérie systématique

Fortement suivi par tous les partis de gauche, l’aventure espagnole de Podemos a inspiré de nombreuses tentatives de modernisation, tant au sein su PS que sur sa gauche.

Quand le PS est resté très sensible à la dimension collaborative, LFI est allée plus loin en recherchant systématiquement la périphérie : géographiquement mais aussi médiatiquement, en privilégiant la communication directe sans intermédiation du web sur la presse.

La Remise en cause des Élites

L’autre marqueur culturel fort défendu par LFI est l’attaque systématique des élites en place. Un positionnement anti-système qui a su reconstruire une légitimité de la gauche radicale : un déficit devenu structurel pour le PCF, malgré ses tentatives répétées de se réinventer depuis le début de l’ère Mitterrand, et une stratégie qui a déconstruit brique après brique la Maison PS à chaque étape de sa prise de pouvoir depuis les années Jospin.

En 2010, Jean-Luc Mélenchon publie son appel à une révolution citoyenne.

Le dégagisme théorisé par JLM est le grand gagnant du chamboule-tout 2017 qui laisse le paysage politique français entre renouveau inattendu (LFI et LREM), accident industrielle (PS et LR), friche industrielle plus ancienne (PCF) et désaveu (FN). A ce titre, si le président élu a marqué les esprits et réussi son pari, c’est le sens de l’Histoire raconté par l’oracle Jean-Luc Mélenchon qui a emmené l’électorat au bout de sa démarche.

Cette culture de la politique piloté par la demande est le cœur qui fait battre les Mouvements politiques de cette nouvelle ère.

Les Enseignement d’Obama

Le Profilage approfondi par Bloc

Une des affiches symbole de la campagne Yes We Can de Barak Obama.

Ce qui a rendu possible le succès des élections de Barak Obama, et d’Emmanuel Macron, c’est l’arrivée d’une nouvelle génération d’outils ancrés dans l’analyse de millions de données de profilage, les technologie du Big Data. Sous contrainte des règles de manipulation des données, les analyses sont réalisées sur une base anonyme dont le grain est le pâté de maison. Un respect de la privauté qui n’empêche pas de disposer d’informations d’analyse politique considérées comme suffisamment fines pour agir localement avec efficacité, en identifiant quel discours développer pour mieux convaincre.

Ce renouvellement du format de campagne électoral, piloté par une application mobile géolocalisée, est étroitement liée avec l’innovation technologique, et n’était tout simplement pas disponible lors des campagnes électorales de George W. Bush.

La Rencontre de Terrain

Unanimement, la technologie seule ne permet pas de gagner une campagne. Le dernier mètre et le temps passé face aux citoyens est critique : tant pour poser des questions que pour partager la démarche du programme.

Cette démarche est extrêmement chronophage, nécessite de la proximité, et une gestion avancée de la coordination. Elle est tout bonnement impossible sans disposer d’un nombre important de « marcheurs » ou de « gens » investis dans la mission. Elle est aussi vaine sans outils efficaces de partage et remontée des idées recueillies sur le terrain.

Les Limites

C’est ainsi cette nouvelle contrainte qui participe activement à la re-fondation des Partis en Mouvements car dans ces nouvelles règles du jeu concurrentiel, un parti de cadre comme le PS n’est plus en mesure de délivrer son message lors d’élections nationales. Elections qui constituent pourtant la principale ressource de financement desdits Partis. La fondation du Mouvement du 1er Juillet (M1717) par Benoît Hamon tente de prendre en compte le signal.

Autre limite : même avec une grande maîtrise de ces nouveaux outils, l’équipe d’Hillary Clinton forte de l’expérience des campagnes d’Obama n’a pourtant pas réussi à gagner la Présidence états-unienne — même si elle a bien gagné l’élection en nombre de votes. Il n’y a donc aucune magie ou garantie.

Le Lean Startup

Le Lean Startup est une méthodologie qui a été développée par Eric Ries pour guider le développement des jeunes pousses depuis la détection d’un besoin non-traité vers la constitution d’un modèle économique viable. Il a été renforcé par un outillage plus concret et opérationnel autour du Lean Canvas au sein du livre Running Lean de Ash Maurya. Une observation attentive du projet En Marche ! permet d’en reconnaître les principaux marqueurs et de mieux comprendre la dynamique des décisions.

Les Phases

Un exemple d’application de la méthode itérative Lean.

L’objet n’est pas d’entrée dans une analyse fine qui méritera un traitement à part entière. On identifie plusieurs étapes critiques dans la structuration du projet :

  • La définition du Produit Minimum Viable (MVP en anglais) : un prototype qui sert de base à une amélioration itérative jusqu’à sa validation.
  • La validation du MVP
  • La définition du Produit Minimum capable de trouver son Marché (MMP) : une offre qui est suffisamment aboutie pour trouvé un marché, c’est-à-dire qu’il a suffisamment démontré sa valeur ajoutée inédite pour déclencher un choix d’acquisition face à la concurrence des produits historiques du marché.

Une fois ces moments clés passés, on considère que la Start-up a trouvé son modèle économique, et que donc elle n’est plus une Start-up. A partir de là, l’entreprise doit grandir et monter en charge en déroulant sa stratégie pour trouver sa pérennité.

Dans le cas de EM!, le MVP fut validé par l’élection du Président dont le projet personnel était le prototype qui doit être amélioré de manière itérative. Il n’est donc pas étonnant que le discours du candidat a régulièrement évolué, y compris d’une manière surprenante. Et que son pilotage fut jugé parfois trop attaché à sa seule personne.

Le MVP a été validé lors de sa victoire du second tour.

La campagne des Législatives a constitué le périmètre du MMP et la victoire très large acquise a démontré la validation de ce MMP.

Dans cette démarche, la gestion des phases de nomination des candidats, la crise occasionnée par François Bayrou dans la négociation des attributions de circonscriptions, la nomination d’Edouard Philippe, de Bruno Lemaire et Gérald Darmanin, la grâce faite à Manuel Valls et tous les autres ajustements : tous ces réglages constituent les itérations pour trouver le bon mix pour le MMP. Jusqu’aux pivots envisagés en fonction de la nécessité ou pas d’obtenir le soutien des Constructifs et des alliés du Modem.

En Marche ! était le nom de code du prototype, LREM est le nom du produit définitif. Le premier énonçait un mot d’ordre intense et immédiat, le second s’inscrit dans une histoire plus longue, et fait écho notamment à un des recueils politiques de Zola à la naissance de la IIIe République.

Il reste à présent à construire la pérennité : rassurer les marcheurs historiques, disposer de statuts durables, s’assurer que le Mouvement garde sa mobilisation autour du Pouvoir dans ce qui est désormais une course de fonds au cours de laquelle il va falloir délivrer les promesses promises. Hors, tout cela reste à inventer pour LREM comme pour les autres.

Les Entretiens qualitatifs

Les entretiens qualitatifs, dont nous avons déjà parlé dans la méthode Obama, rejoignent aussi les canons de la méthode Lean. Chez Obama, ils sont plus utilisés pour convaincre les électeurs que pour écrire la plateforme programmatique. Dans le cas EM!, ils ont été le fondement de la construction de l’offre programmatique.

Au lendemain des élections et des victoires, on aurait pu pensé que l’affaire était entendu : un Parti n’est-il pas fait prioritairement sous la Ve République pour conquérir le pouvoir ? Il n’en est rien, une fois les conquêtes présidentielles et législatives, tout est à recommencer : le nouveau projet à construire se nomme LREM. La page est blanche et il faut recommencer l’exercice en consultant en moins d’un mois plusieurs milliers de comités, pour inventer collégialement de quoi sera fait le vivre-ensemble du collectif à inventer.

Les Mouvements qui s’inventent ainsi comme LFI et LREM ont besoin de nouer un contact permanent avec leurs membres, et devront démontrer mois après mois que les directions restent fidèles à leurs engagements.

L’Humilité comme Méthode

Il ne s’agit de déterminer si les décideurs qui appliquent ces méthodologies sont humbles. Pour la plupart, ils ne le sont probablement pas — et c’est la raison pour laquelle ils ont besoin d’une méthodologie pour les guider.

Pour autant, comme la méthode scientifique s’appuie sur un doute méthodique qui écarte toute certitude et permet de valablement valider une hypothèse, les approches développées autour de la méthode Lean passent par une humilité méthodique. Et il s’agit probablement d’un des freins les plus difficiles à dépasser pour des entrepreneurs ou du personnel politique dont le métier est de délivrer une vision.

De même que le doute scientifique permet de confronter sa théorie aux lois que l’on tente d’expliquer, l’humilité méthodique du Lean permet de tester son approche et acter son échec le plus tôt possible pour pouvoir recadrer le plus tôt possible et limiter les impacts négatifs promis à grande échelle.

Fail soon, fail often : échouer vite, échouer souvent reste l’objectif principal de cette méthode qui considère que l’échec est inévitable, les plans jamais appliqués comme prévus — et que l’acceptation de l’échec est une condition incontournable d’un hypothétique succès.


Accompagner pour Convaincre

Les outils disponibles et utilisés abondamment depuis la naissance de ces mouvements sont du bricolage, sans contrôle qualité, ni industrialisation. Les mouvements utilisent des outils sur étagères qui sont hackés pour réussir à répondre aux besoins, inventer des usages.

Cela ne pourra pas durer éternellement. On peut parier sur le fait que chaque mouvement va tenter d’inventer sa propre collection d’outils dans son coin, comme l’illusion d’un potentiel avantage concurrentiel. La démarche est vaine, elle fera juste perdre du temps aux Citoyens. Le plus tôt les démocrates de tout bord décideront de se mettre autour des mêmes tables d’hackathon pour construire ensemble des solutions partagées au-delà des frontières, le plus vite la démocratie y gagnera.

Partage, contrôles, co-écriture, pilotage des projets locaux : la liste est longue de ce qu’il reste à inventer. L’Etat-Plateforme est en cours de constitution. Les Mouvements sont eux aussi en train de se constituer en Acteur-Plateforme. Il faudra bien la confrontation des expériences démocratiques numériques de toute l’Europe pour entrevoir un outillage stable et pérenne.CivicTech – Nos projets
Nous travaillons sur la constitution d’une bibliothèque de projets CivicTech. Aidez-nous à améliorer l’écosystème fran…gocivictech.typeform.com

Vers le Mouvement-Plateforme

Le terme « plateforme » a déjà été utilisé pour trois acceptions différentes dans cet article :

  • Plateforme technologique : un service en ligne avancé qui permet de répondre à une variété de besoin et capable de monter en charge fonctionnellement
  • Plateforme programmatique : programme politique qui sert de base à des négociations et que le Parti s’engage à concrétiser
  • Etat-plateforme et Acteur-plateforme : une organisation qui prend acte de ses limites, renonce à l’illusion d’une capacité omnipotente et met une partie de ses moyens et savoir-faire à la disposition de ceux qui sont en mesure de l’aider à remplir ses missions
data.gouv.fr, le portail OpenData de la France.

L’Etat-plateforme a déjà plusieurs années d’existence et des chantiers concrets qui émergent : unicité d’authentification et guichet unique pour les citoyens et les entreprises, ouverture des données, financement de startups et hackathon, etc. L’Etat dispose désormais d’un CTO qui a pour rôle de favoriser une architecture mutualisée entre les différentes administrations. Tout cela est nécessaire, a lieu, va dans le bon sens et devrait être significativement accentué dans la décennie qui vient.

De nombreux Partis traditionnels ont tenté de proposer des démarches similaires, sans succès : cela a le plus souvent été initié à la périphérie, et a subi d’autant plus de résistance que ces mécanismes sont structurels et remettent en cause la position acquise de la plupart des hiérarques et processus en place.

Les Mouvements nouveaux sont par nature compatibles avec cette démarche, et issu de ces paradigmes. Encore faut-il s’outiller et réussir à vaincre les résistances passées : celles des mêmes hommes et femmes qui pour une bonne part étaient présents dans les Partis qui ont échoué.

Formation

E-learning & Formation présentielle

Coursera est l’un des modèle du e-learning ouvert.

Comme pour les Partis, l’une de missions clés des Mouvements est de former leurs troupes. Cela passe par les nouveaux outils du e-learning qui permettront à tous d’acquérir de bons réflexes. Une transmission qui sera ou non renforcée par des formations présentielles auprès de ceux qui disposent d’une mauvaise connexion ou sont mal à l’aise avec les nouveaux outils.

Le modèle est désormais Coursera qui permet à chacun de suivre une formation, et sous certaines conditions de disposer d’un certificat ou d’un diplôme.

Ouverture aux Concurrents

La conséquence logique de ces approches, est que chaque Mouvement participera à former ses concurrents. L’inscription à un Mouvement devenant si simple et le plus souvent gratuit : limiter l’accès aux seuls membres est vain. De facto, les compétences vont se diffuser, et les citoyens intégreront à leur tour les codes de ces nouveaux dialogues.

Ce jeu de formations ouvertes va participer à accélérer le renforcement de l’organisation en Mouvements de tout le spectre politique et ringardiser le fonctionnement passéiste des Partis.

Au-delà du territoire nationale : l’outillage sera consultable dès 2018 aussi pour tous ceux qui disposent d’un accès Internet. Et donc accélérer la diffusion des modèles de fonctionnement des Mouvements à travers le monde francophone, bien plus rapidement que les modèles des Partis n’ont été diffusés au XXe siècle au travers de canaux bien maîtrisés et de formations mal transmises.

Les bonnes pratiques des Mouvements vont ainsi rejoindre d’ici quelques mois les Communs disponibles à chaque francophone en auto-formation.

Gestion & Pilotage de projets

Construire des Catalogues de Projets ouverts

Plus novateur, et un peu plus long à lancer, le Mouvement-plateforme doit mettre en place des outils de co-construction et diffusion de projets au même titre que ce dont on dispose dans les modèles du logiciel libre.

Disposer d’un catalogue de modèles ouverts, bien documentés, prêt à l’emploi, éprouvés et en amélioration continue va devenir critique. Et probablement un outil concurrentiel significatif entre les Mouvements.

Un bibliobus qui facilite l’accès à la lecture.

Bibliobus, épicerie communale, guichet unique de services administratifs à temps partagé dans les campagnes, réinvention d’une présence médicale : les exemples qui reflètent tous les échecs de l’aménagement du territoire ne manquent pas. Pouvoir enfin disposer d’approches éprouvées et dont on sait déployer les mises à jour est l’un des principaux défis des territoires.

Co-financement & Montage financier des Projets pilotes

De tels projets ne nécessitent pas des moyens énormes. Les budgets nécessaires ressemblent souvent plus à ceux de l’ADIE qu’au montant des dépenses mal optimisées de nos administrations.

Les Mouvements comme LFI et LREM qui affichent la volonté d’utiliser leurs deniers pour la vie du Mouvement plutôt que dans l’acquisition de coûteux sièges sociaux sont en mesure de participer à des co-financement considérés comme stratégiques, mettre en place une cellule de montage de dossiers de financement, aider à mettre les acteurs autour de la même table, financer l’outillage à l’état de l’Art du suivi de projets, passer un accord de partenariat avec un acteur du Crowdsourcing pour disposer d’une instance en marque blanche, etc.

Tout est à faire. Il leur suffit de faire un pas en avant.

Une Piste d’usage du Budget citoyen

J’ai écrit récemment un article présentant comment feu la Réserve parlementaire pourrait être transformée en Budget Citoyen. Et pourquoi ne pas le faire va voir mécaniquement disparaître son usage.

Transférer la capacité de parrainage du parlementaire aux Mouvements collectivement peut être une piste. En conditionnant par exemple le déclenchement du Budget Citoyen au parrainage (co-financement) du projet peut-être une voie. Les règles d’une telle répartition sont à creuser soigneusement.

Projet & Contextes

Co-construire en plusieurs Lieux, au même Instant

Il est rare qu’un micro-projet local dispose de plus d’un an pour faire ses preuves. Il s’agit de défis importants pour les petites collectivités. Aussi important que soit le besoin à la vie du territoire, le risque est important et les moyens manquent.

Co-ordonner plusieurs projets identiques sur plusieurs territoires doit permettre d’identifier des risques d’échec rapidement, imaginer mieux des alternatives, réagir plus vite. Faire travailler ensemble grâce à la mise à disposition d’un outillage et des fonctions support de documentation et d’animation doit permettre de faire émerger plus régulièrement des prototypes viables.

En cas d’échec de la tentative, l’itération suivante d’explorateurs partira avec un acquis qui évitera de réinventer les mêmes erreurs.

Limiter les Risques d’échec

La mise à disposition de ces modèles documentés, agrémentés de listes des bonnes et mauvaises pratiques déjà expérimentées, participera activement à faire sortir du risque de ces projets, et donc en faciliter le déclenchement et le financement.

Une Exigence citoyenne qui monte

Un peu de Lisibilité, enfin…

Comparer les Programmes

Un exemple de comparateur de programme réalisé par L’Alsace / lalsace.fr

Pour tout appel d’offres public, de nombreuses règles sont appliquées afin de rendre les réponses aussi comparables que possible. Ce besoin d’un formalisme suffisant pour réussir à comparer des choux et des carottes est totalement nié dans les élections politiques.

Le jeu est tentant pour ceux qui se présentent de prendre des positions à contre-pied du discours du concurrent. Autant une analyse journalistique est à peu près faite lors des élections nationales, autant les élections locales sont démunies et l’électeur mal informé. Travailler sur un formalisme serait salvateur. On pourra s’appuyer sur la feuille de poste et les règles du jeu de l’élection pour définir ce formalisme.

Des Feuilles de postes

L’une des fiches de synthèse présentes sur le site de l’Assemblée Nationale.

La France a longtemps été caractérisée par un cumul des mandats caricatural, qui est remis en cause un peu plus profondément à chaque quinquennat. A tel point que l’on a besoin de beaucoup de concentration pour identifier ce qui relève véritablement de la mission du poste à pouvoir.

Un classique en la matière est le député-maire qui remplit son prospectus électoral pour le poste de Député, d’actions qui relèvent des compétences du maire ou du président de la Communauté de communes, qu’il est aussi par ailleurs…

Clarifier la fiche de poste, le périmètre d’actions, ce sur quoi il pourra peser ou ne faire que donner un avis que l’on n’écoutera que par pure politesse. Cela faciliterait aussi la compréhension des électeurs si le candidat n’était autorisé à communiquer (prospectus et réunions publiques) que sur ce qui relève de ce périmètre. Comme pour tout appel d’offres public…

Les Règles du jeu

Rappeler le contexte de l’élection, présenter l’institution autour de laquelle est organisée l’élection, sa place dans le système démocratique, et ses missions prioritaires serait le bienvenu : glisser un tel papier dans l’enveloppe qui regroupe les prospectus et les bulletins électoraux participera activement à éclairer l’électeur dans le choix qui lui est demandé.

On peut limiter le coût important d’une telle production de papier (et son impact environnemental…) en mettant à disposition un site regroupant ces informations dont l’adresse web serait obligatoire sur tous les supports de campagne des candidats (affiches, prospectus) au même titre que le lien manger-bouger pour l’industrie alimentaire.

Contrôler pour Stabiliser la confiance

Bilan comparable

A défaut de rendre obligatoire le respect d’un programme engageant, il est facile d’imposer le formalisme d’un bilan fondé sur le même format que la comparaison des programmes — avec une approche simple avant / après.

Un point annuel sur le même format, permettant d’identifier l’avancement des réalisations, serait aussi le bienvenu.

Enrichissement & Conflits d’intérêts

Les principes de non-enrichissement personnel, et d’identification de conflits d’intérêts sont unanimement reconnus. Mais l’outillage manque, et l’exercice de partage d’information en la matière est totalement défaillant.

Sans démarche d’inquisition déraisonnable, il y a un besoin d’intégration des règles et de responsabilisation des personnes concernées. Mettre en place des outils de tableau de bord en la matière est simple et ne nécessite pas une intrusion excessive.

Ainsi, informer l’électeur qu’un candidat est cadre d’un grand groupe d’électricité ou de l’alimentaire sur un territoire fortement dépendant financièrement de cet acteur est la moindre des choses.

La nécessaire Transparence réciproque

Accentuer le Contrôle citoyen

En une vingtaine d’années, le contrôle des individus a été fortement accentué : profilage marketing, croisement de données, analyse big data, reconstitution de profils politiques grâce aux croisements de données et traces toujours plus nombreuses présentes dans nos réseaux sociaux, nos données professionnelles et nos données administratives.

Nous faisons actuellement le deuil de l’illusion de pouvoir ne pas laisser de traces. Tout est informatisé, stocké, analysé, et il est impossible de savoir où seront stockées certaines de nos données mises en ligne hier dans 10 ans : elles seront plus nombreuses dans des data-centers américains, chinois, indiens ou russes que sur notre propre machine.

A cette échelle, et dans un contexte où nos élus mal formés aux nouvelles technologies vont continuer de légiférer sous influence des lobbies du Gafam et des industries plus traditionnelles : les quelques points exposés ci-dessus sont dérisoires et un service minimum.

Contrôler les Règles de Contrôle

Comme pour tout autre fonctionnement des services de l’Etat, un besoin de transparence et de contrôle est aussi nécessaire sur l’outillage et les règles de contrôle. Et il revient d’informer le décideur de la réalité des mécanisme afin que les bons choix puissent être faits.

En matière politique, le décideur est le Citoyen-électeur.

Pour une Co-écriture ouverte des Lois

Construire de Nouveaux Standards

Dans un monde de plus en plus complexe, l’écriture opaque des lois a fait son temps.

La Fabrique des Lois est un logiciel libre qui permet d’analyser la navette parlementaire à partir des données ouvertes des assemblées.

Des outils pédagogiques produits par les CiviTech d’analyse des mécanismes d’écriture, tels que La Fabrique de la Loi ou Nos Députés, illustrent les marges de progression disponibles : engagement des parlementaires dans leur mission, démarche de parasitage du débat même dans la certitude que cela n’aura aucun impact sur le contenu réel du débat. Multiplier des amendements vides de sens, dans l’unique but de perturber le fonctionnement de leur propre institution est déconcertant.

nosdeputes.fr fournit une vision synthétique de l’activité des députés.

Il est édifiant de voir vivre ces pratiques quotidiennes dans un monde où les recherches de productivité de chacun sont de plus en plus critiques dans sa vie professionnelle, qu’il soit salarié, entrepreneur ou patron. Il n’existe aucun autre secteur où ces comportements sont considérés comme légitimes.

Outil d’Écriture collective Processée

Pour l’écriture de textes toujours plus techniques et experts, le fonctionnement a peu évolué au cours des dernières décennies. L’accès à une version en cours d’écriture des textes est toujours très limité, le ticket d’entrée pour participer à l’amélioration d’un texte ou d’une réflexion est toujours aussi élevé : il faut être invité par une commission parlementaire, qui doit avoir identifié lesdites personnes. Pour être identifié, il faut que la personne en question ait passé une bonne part de sa vie à avoir travaillé sa visibilité au travers d’un réseautage intensif né d’un engagement politique ou d’un positionnement de lobbyiste.

Ces contraintes d’accès à la conversation qui prévaut à la fabrique de nos lois participent directement à la non-amélioration de la qualité globale de nos textes. Pourtant nous disposons désormais d’outillage et de méthodologies éprouvées, notamment dans les secteurs de l’innovation, qui permettraient de mieux décloisonner les expertises (y compris juridique…) et ouvrir la voie à une révolution industrielle en matière de travail législatif. Comme les journalistes face à la montée des bloggers ont pu mieux re-qualifier leur métier et leur apport de valeur, les parlementaires pourront ainsi clarifier leur mission et accroître le poids de leur travail : coordination et contradiction des sources, contrôles des textes et du gouvernement, etc.


En guise de Conclusion…

La Vie démocratique est un Secteur encore Sous-équipé

Malgré l’omniprésence de son propos dans les médias, la vie démocratique reste caractérisée par un manque extrême de lisibilité. Les informations sont nombreuses et parmi les moins structurées. Les conversations sont permanentes et plus vites oubliées qu’elles ne sont consommées. Les cris prennent le pas sur le sens. Et au centre, le Citoyen peine à assumer son rôle d’arbitre, en faveur d’une posture de consommateur parasité par la sur-information.

Face à ces difficultés, la classe politique formée au processus des Partis vit mal les reproches qui lui sont faits, et les condamnations fondées sur des critères qui n’étaient pas exposés comme tels au moment des faits. Entre coutumes passéistes et nouvelles bonnes pratiques émergentes, le personnel politique historique est déstabilisé et porte un regard condescendant sur les nouvelles générations qui prennent place dans la nouvelle Assemblée. Pourtant, le chamboule-tout devrait connaître un nouvel épisode à la rentrée sénatoriale, lorsque les petits élus de province auront intégré qu’ils peuvent choisir différemment le tiers du Sénat à renouveler.

Il y a encore d’autres paradigmes qui montent et qui n’ont pas été abordés dans ces paragraphes : la Blockchain, Ethereum et le paradigme Code is Law. Que va-t-on en faire ? Comment ces nouveaux outils bousculer ont-ils à leur tour les règles du jeu ? Nul ne le sais encore, mais leur rôle est certain. Il emportera la gestion des sociétés à la confluence des expertises algorithmiques autant que juridique. A ce titre, l’entrée au Parlement d’élus comme Cédric Villani disposant d’un regard différent sur les lois qui régissent le monde est une histoire à regarder de prêt. Ces profils devraient être renforcés au cours des élections à venir car la diversité va enrichir les débats, et mieux sécuriser les textes à l’ère des guerres technologistes.

« Les défis sont immenses » : meme incessant du Président nouvellement élu placé devant la pyramide de Pei peut servir ici aussi.

Au-delà des logiciels, ce sont aussi les méthodologies, l’inclusion, la parité et l’accompagnement au changement qui doivent être mobilisé pour forger le nouvel outillage citoyen.

L’Europe comme Laboratoire des CiviTech

La France a tout pour devenir le laboratoire de la nouvelle démocratie : 2 mouvements forts (FI et La REM), 1 friche industrielle (PCF), et 2 accidents industriels (PS et LR). Et puis autour de la France, il y a l’Europe : l’Espagne de Podemos, la Grèce symbole d’une Union en déserrance, l’Estonie de l’e-résidence, et le Royaume-Uni de l’après Brexit.

Le bac à sable « est immense ».

De quoi expérimenter vite et rapidement. De quoi échouer souvent et radicalement. De quoi apprendre vite et construire pour longtemps.

Internet, privauté & traces

Les supports de mon intervention au collège Les Capucins de Melun


Dans le cadre la Réserve Citoyenne de l’Éducation Nationale, il m’a été demandé d’intervenir auprès d’une classe de 3e du collège Les Capucins à Melun situé en zone prioritaire.

Une classe d’une vingtaine d’élèves qui ont été dans l’échange et l’écoute. Un bon souvenir et une expérience à renouveler.

Sur le fond, j’ai tenté de décrire les tensions qui existent entre vie privée et pression de l’environnement qu’il soit rencontré sur Internet ou ailleurs — mais plus précisément sur le web et les réseaux sociaux.

En rentrant dans des détails parfois un peu pointus, j’ai tenté de leur faire comprendre pourquoi, pour des raisons techniques et de bonne optimisation légitime, une image retirée d’un réseau social ne sera jamais vraiment retiré du web et subsistera probablement longtemps après qu’ils l’ont retiré. Et que d’autres contenus seront retirés par le réseau social alors qu’ils pensaient pouvoir s’appuyer dessus pour conserver certains souvenirs.

Commencer par comprendre les limites de la confiance à partager avec ces acteurs, et la vanité à penser qu’ils pourront se protéger de traces impossibles à éliminer : c’est le début de la maîtrise de son image et du rapport aux autres sur Internet.


Vous trouverez ci-après quatre des cinq écrans présentés. Le dernier a été passé rapidement devant les élèves et éliminés ici : il était trop mal conçu et un rien soporifique… J’ai donc décidé de vous l’épargner 🙁

La tension entre soi et les autres

Entre besoin de publier & besoin de se protéger

Bitcoin : entre confiance nouvelle & transparence excessive

En guise de conclusion

Faire de (bientôt) feu la Réserve Parlementaire, un Budget Citoyen

http://www2.assemblee-nationale.fr/reserve_parlementaire/plf

Une idée pour un nouveau vivre-ensemble

Origine de la démarche

Lors d’une soirée entre entrepreneurs, un expatrié à Montréal relate le fait que dans cette contrée lorsqu’un établissement ferme, les citoyens peuvent s’exprimer afin, par exemple, de choisir qu’ils souhaitent voir s’installer un épicier qui leur manque grandement plutôt qu’un énième restaurant. L’expression d’un fort besoin de transversalité est au coeur de l’anecdote.

Cette conversation prend place dans l’entre-deux-tours des législatives 2017. L’actualité projette la disparition de la réserve parlementaire (146 millions disponibles en 2016 dont 125 millions consommés entre l’Assemblée Nationale et le Sénat) qui serait transférée aux collectivités locales afin de pouvoir continuer à être dépensée sur le territoire pour les petits projets qui ne verraient pas le jour sans ce petit coup de pouce.

Elle se situe aussi dans un contexte fortement disrupté, proposé par le nouveau Président élu, et allègrement pris en main par un électorat en forte demande de remise à plat des règles du jeu.

Dans mon esprit, il est alors très facile de faire le lien entre le besoin, les moyens nécessaires (financiers et technologiques), et le moment capable de donner vie à une idée nécessairement farfelue.

La crise de légitimité

La remise en cause de la Réserve Parlementaire a pour objet de mettre fin à un outil de clientélisme qui a longtemps offert au parlementaire un extraordinaire arbitraire dans la dépense de ce budget mis à sa disposition par les caisses de l’État. Le cœur du sujet, à l’heure où nous autres citoyens attendons de plus en plus de transparence et de rigueur dans les dépenses publiques, est bien une clarification des missions. Soutenir un parlementaire parce qu’il a promis de donner quelques milliers d’euros pour boucler le budget du terrain de basket tant demandé et que le maire de l’autre bord politique n’a toujours pas réalisé… est-ce bien le bon critère pour choisir son Législateur ?

La démarche facile qui en a découlé, pour éviter les critiques faciles elles aussi, a été de rassurer en expliquant que l’argent restera sur le territoire — et les interlocuteurs les plus naturels restent les acteurs territoriaux locaux.

La limite de la proposition de transfert aux collectivités locales

Autant on saisit bien le fait de retirer un budget relativement important à l’échelle de l’arbitraire d’un unique individu :

  • 130 K€ par an pour un parlementaire lambda
  • 260 K€ par an pour un président de commission
  • 520 K€ par an pour une président de Chambre

Autant le diviser pour le voir partagé entre la multitude de collectivités de la circonscription, ne va faire que le rendre totalement inexistant au sein de leurs budgets annuels. Il est alors fort à parier que deux destins attendent ces deniers :

  • Se substituer aux budgets actuellement distribués aux associations et à ces petits projets — et les précédentes lignes de budgets seront alors libérées et l’argent déplacé ailleurs
  • Se muer en outil de clientélisme du maire sous couvert de décision du conseil municipal, à l’heure où nombre de parlementaires sortants ont fait le choix de la mairie contre la députation…

A l’issue de cette répartition, les deniers seront conservés sur le territoire, mais l’usage de proximité qui en était fait aura disparu

Une chance pour inventer une gouvernance locale acentrée

Cela fait une bonne dizaine d’années que les idées de gouvernance citoyenne locale sont théorisés par divers groupes entre utopistes et technologistes. Les principales conditions de succès à ces démarches sont :

  • Une volonté politique qui accepte de faire confiance à des citoyens moins brillants que leurs élites mais qui ont pour eux l’intelligence collective
  • Des moyens techniques rendant possible la concertation transversale sur le long terme
  • La capacité à garantir la transparence des processus décisionnels et la compréhension des règles d’arbitrages
  • Des instruments de contrôles garantissant tant aux citoyens qu’aux responsables publics le bonne usage des deniers publics dans le respect d’une destination d’usages clairs et circonscrits

Aujourd’hui, nous disposons d’outils qui répondent à ce difficile cahier des charges :

  • La nouvelle génération politique qui émerge semble capable d’entendre la démarche, notamment par le poids de la société civile qui la caractérise
  • Les technologies émergentes fondées sur le paradigme de la BlockChain rendent le défi à portée de main : transparence des données mais aussi des processus avec l’approche Code Is Law, contrôle d’authenticité des participants et des écritures, coût acceptable appuyé sur les modèles Cloud
  • L’existence de nombreux outils de gouvernance des citoyens pour porter les conversations préalables aux prises de décision
  • Les acteurs locaux et nationaux aptes à accompagner ce nouveau développement citoyen pour en garantir le succès : communes pour la mise à disposition de salles, Préfectures, Cours des Comptes — les dispositifs de soutiens ne manqueront pas

Un laboratoire pour demain

Au-delà du budget d’accompagnement locale que les citoyens auront enfin l’opportunité de se ré-approprier, c’est un espace de réinvention d’un engagement local simple et pragmatique qu’il est possible de réinvestir, sans grande promesse, ni grand discours. Juste avoir la possibilité de choisir ensemble quel sport on a envie de faire le week-end, et donner le petit coup de pouce ensemble à l’association que l’on est incapable de sauver chacun séparément — au-delà des arbitrages de celui que l’on a élu voilà plusieurs années sur d’autres thèmes.

Au-delà de la proximité anodine du quotidien qui créera des petites tensions et des petits bonheurs, c’est aussi le Living Lab de la politique des 20 prochaines années qu’il est aussi possible de challenger dans cette expérimentation à ciel ouvert.

Un équilibre mécanique à construire

Pour autant, donner un budget aux arbitrages de l’intelligence collective ne suffira pas à reproduire la sagesse qu’un élu aurait su appliquer — fût-elle une sagesse clientéliste…

La circonscription est un espace complexe et extrêmement hétérogène. Autant une circonscription parisienne est homogène et peu étendue, autant une circonscription rurale est un mélange de petits villages et de villes moyennes de plus de 10 000 habitants. Dans ce dernier contexte, la mécanique démocratique du vote majoritaire ne fera que donner des moyens aux moins isolés — et donc mettre ce Budget Citoyen au service de ceux qui en ont le moins besoin — ou du moins ceux pour qui la valeur ajoutée de chaque euro supplémentaire est la plus faible.

Sans avoir à entrer dans un détail trop précis, il sera nécessaire de définir des processus de répartition des deniers qui vérifient notamment :

  • La destination à un projet qui relève, si ce n’est du service public, au moins du vivre-ensemble
  • La dispersion équilibrée sur tout le territoire
  • La répartition entre projets divers, sans pour autant s’interdire d’aider un projet sportif de plus car d’autres projets similaires ont déjà été soutenus un peu plus tôt dans l’année

– Une réactivité de la mise à disposition des montants promis : une mise à disposition des montants décidés tous les 2 ou 3 mois, pas plus

Il y aura un nécessaire besoin de définir une matrice qui permet de rassurer a priori, et garantir a posteriori le bon respect de ces règles grâce à des institutions ad hoc ou déjà existantes qui accompagnent les petites communes dans leurs décisions : Préfecture, Cours des Comptes, etc.

On peut imaginer un part (30% à 50%) du budget dédié à une répartition thématique sur la globalité du territoire, et le reste à décider à une échelle territoriale plus réduite pour accompagner les micro-projets locaux.

Ce Budget Citoyen pourrait ainsi devenir une sorte d’ADIE des projets locaux… ou quelque chose de très différent. Il est probable que la réalité d’usage sera très différente d’une circonscription à une autre. Et c’est très bien ainsi. L’essentiel étant que le collectif prennent en charge la décision en lieu et place du passéiste suzerain local de la Ve République.

Un collège électoral à définir

En matière de vivre-ensemble, le collège électoral traditionnel peut sembler étriqué.

L’extension aux plus jeunes est nécessaire. A titre personnel, 12 ans, l’âge d’entrée au collège, m’apparaît un seuil raisonnable pour commencer à prendre part aux micro-projets de la Cité. De même, les étrangers domiciliés régulièrement sur le territoire devraient pouvoir prendre part à ces conversations et au processus de décision.

Inclusion face au numérique

Comme chaque fois qu’un droit passe par une plateforme numérique, il sera nécessaire de penser les mécanismes de contournement garantissant aux personnes handicapées face aux technologies de l’information de pouvoir exprimer leur volonté lors des consultations régulières.

Dans ce domaine plus encore que les autres points abordés, on perçoit fortement comment cet esprit de ré-appropriation décisionnelle constituera aussi une opportunité exceptionnelle pour construire les outils démocratiques numériques qui seront généralisés au cours des 20 années à venir.

Où poursuivre cet échange ?

Les commentaires sont volontairement fermés.

#BudgetCitoyen

Si vous aimez cette idée, je vous propose de la partager sur les réseaux sociaux en complétant le lien de vos libres remarques. Pensez simplement à utiliser le tag #BudgetCitoyen afin que l’on puisse retrouver trace de ces conversations où qu’elles soient.

Si vous êtes journalistes et que vous voulez rebondir sur le sujet, il est à vous : pensez à donner le lien vers cette page et à publier un lien sur Twitter vers votre article avec le tag #BudgetCitoyen. Ainsi, je saurai 😉

Si vous êtes un élu et que vous voulez vous investir dans cette idée : Cool !

NDDL - Interview de John Stewart

Notre-Dame-des-Landes 2010 : Fighting against Heathrow, quelques leçons à prendre de la campagne “Stop Extension”.

Notre-Dame-des-Landes 2010

Cet antretien date du 4 juillet 2010. J’avais rencontré John Stewart à Notre-Dame-des-Landes où il était venu partager son expérience lors d’une conférence destinée aux militants contre la création d’un nouvel aéroport à NDDL.

Dans cette vidéo, il partage son expérience acquise lors de la campagne Stop extension de l’aéroport de Heathrow qui dessert Londres. Campagne qui a atteint ses objectifs peu de temps avant : bloquer l’extension souhaitée par les pouvoirs publics. Il développe notamment les forces qui ont fait le succès de la campagne contre la 3e extension de l’aéroport londonien, et les similitudes avec la situation de Notre-Dame-des-Landes, mais parle aussi des solidarités européennes qui se mettent en place entre communautés de citoyens qui font face au même défi.

Heathrow — Stop extension : une campagne citoyenne de 10 longues années

La campagne Stop extension a duré prêt de 10 ans entre 2000 et 2010 et a réussi à bloquer la 3e extension de l’aéroport de Heathrow en banlieue de Londres. Pour John, les similitudes avec NDDL sont nombreuses, et les leçons à retenirs sont plus dans le type de campagne mené que dans une jurisprudence qui pourrait être réutilisée ailleurs en Europe.

La première caractéristique partagée entre les 2 campagnes est la coordination d’une grande diversité de groupes. Cette diversité a rendu la démarche plus forte, car d’une légitimité difficile à mettre en cause.

La diversité des acteurs, et l’importance de la mobilisation a permis de réaliser une grande diversité d’actions. La première caracéristique a donc directement permis l’existant de la deuxième, qui est nécessaire pour faire perdurer la mobilisation.

Enfin, un argumentaire de fond a été développer pour cosntruire une analyse alternative et indépendante de la vision des pouvoirs publics. Le principal argument des pro-extensions était d’ordre économique, arguant le départ d’entreprises et la perte d’attractivité locale pour Londres si cette 3e extension n’était pas réalisée. L’équipe de campagne Stop extension a donc développé des réponses démontrant que l’attraction forte de Londres resterait suffisante même sans la réalisation de cette 3e extension.

Au-delà des débats économiques

D’autres arguments ont aussi été mis en avant par Stop extension :

  • Le changement climatique et l’impact sur l’environnement,
  • La pollution sonore,
  • La destruction de communautés locales.

Vers une solidarité européenne de citoyens

John parle à la fin de cet entretien des solidarités entre communautés qui doivent faire face à des défis similaires à travers l’Europe. Une conférence européenne avait ainsi été organisée à Bruxelles, ou des engagements d’aide réciproque et de solidarité avaient été formalisés.

Cet entretien a eu lieu à l’été 2010, en 2011 le mouvement des indignés a commencé à prendre de l’ampleur, et un peu plus tard avec la crise Grecque la solidarité des peuples contre les logiques gouvernementales va à son tour illustrer à toute autre ampleur la nouvelle relation qui se met en place entre communautés citoyennes et institutions politiques.